©Alexander Sinn

Qu’est-ce que le wokefishing ?

Après le ghosting, le breadcrumbing, le paperclipping, il y a un petit nouveau dans les néologismes en -ing dans le domaine de la drague : le wokefishing. Apparu en août 2020 grâce à la journaliste Serena Smith qui raconte son expérience dans une interview Vice, ce mot peut se traduire en français littéralement par « la pêche des alliés ». « Pêche aux gauchos », « faux progressistes », qu’est-ce vraiment que le wokefishing dans le domaine de la séduction ? 

Le wokefishing ou quand le militantisme devient une mascarade 

Né de la contraction de « woke », qui signifie en anglais être allié·e des luttes contre le sexisme, le racisme, pour les droits des personnes LGBTQI+, et de « fishing » qui s’inspire du mot « catfishing » qui renvoie à l’usurpation d’identité, on comprend que le « wokefisheur » drague en s’appropriant des idées progressistes mais qu’il ne défend pas forcément. Ainsi, le dragueur – et il est utile de pointer du doigt que ce sont majoritairement des hommes qui le font – se définit comme progressiste et en accord avec vos valeurs quant aux luttes sociales. Premier message, premier regard, première rencontre et c’est le crush assuré. C’est l’allié parfait, celui qui comprend vos poils sur les jambes, vos lectures féministes et vos combats pour les justices sociales, votre choix d’être végane, et qui discute des lectures anti-racistes que vous avez sur votre table de nuit. Trop beau pour être vrai ?

C’est possible que oui. Tous ces points en commun dont il parle dès le premier rendez-vous semblent abonder d’eux-mêmes. Pas besoin de lui expliquer que nous vivons dans une société oppressive, il connaît la définition du patriarcat sur le bout des doigts ; pas besoin de se battre pour expliquer à quel point les luttes sociales sont primordiales, il les soutient toutes. Si vous avez un pote dans cette situation, un crush qui semble se dévoiler comme étant un wokefisher, il est temps de prendre un pas de recul pour leur dire que leur comportement est problématique. Et si vous ne visualisez toujours pas à quoi ressemble cette technique de drague contemporaine, repensez au personnage de Jackson dans la série culte de Netflix, Sex Education. Vous vous souvenez lorsqu’il demande des recommandations à Otis, apprenti sexologue qui dispense des conseils à ses camarade, pour savoir comment draguer l’élue de son cœur, Maeve ? Ce dernier lui dit de s’intéresser à ses passions, ses lectures. Jackson s’empresse alors de dévorer Une chambre à soi de Virginia Woolf, Sylvia Plath ou encore Charlotte Brontë. Très bien, on se dit qu’il s’intéresse au féminisme, et qu’il aura donc un sujet de discussion avec Maeve. Sauf que ce dernier y porte de l’intérêt pour la draguer plus que pour la lutte en elle-même.

Le wokefishing : comment éviter ? 

Souvent, le wokefishing, on le découvre trop tard, après plusieurs mois ensemble. Cela arrive un beau jour, lors d’une blague déplacée sur l’anti-racisme, le féminisme, le véganisme comme le remarque Serena Smith dans son interview. On ne s’y attendait pas du tout, vu les discussions précédentes, vu qu’on pense que la personne avec qui l’on est est un allié, un progressiste. Comment continuer avec une personne qui, premièrement nous a menti, et deuxièmement n’a pas du tout les mêmes valeurs que soi ? Ainsi, d’après un sondage Ifop réalisé en 2017, 47% des Français·es ont eu une majorité de partenaires sexuels du même bord politique qu’elles et eux. En 2020, impossible de faire l’impasse là-dessus, les idées de son·sa partenaire sont primordiales. Par exemple, l’application Tinder analyse les mots les plus utilisés dans les bios de ses utilisateur·trices en 2019. Sans conteste ce sont des sujets qui concernent des sujets sociétaux qui arrivent en tête. On a par exemple « changement », « bio » et « environnement »[1] qui ressortent. 

La seule manière de savoir si vous êtes face à quelqu’un qui fait du « wokefishing » est tout d’abord de se rencontrer. En face à face, il aura plus de mal à faire des recherches pour vous suivre dans votre débat. Il faut engager de vraies conversations, profondes et sur des sujets qui vous tiennent à cœur. De plus, il est préconisé de laisser le moins d’informations sur ses idées progressistes dans les bios des applis de rencontres pour éviter que la personne en face se renseigne sur nos combats, simplement pour nous draguer. 

Cette pratique est souvent inconsciente, et peut se traduire par une dissonance entre ses croyances dans le fait qu’on est progressiste et la réalité de ses pensées. Peut-être que cette personne est plus fermée d’esprit qu’elle ne veut l’admettre. Sinon, quand le wokefishing est intentionnel, il est l’heure de se poser la question de savoir pourquoi l’on cache ses idées politiques et pourquoi l’on a honte de les exposer publiquement.  


[1] « Ce que Tinder nous apprend sur le dating en 2019 » : https://drive.google.com/file/d/1ybQpN3Dyv_meMZrlMuaYlSsWXL2nWSO4/view